Aïssa Traoré – Le recyclage comme source de développement socio-économique

Aïssa Traoré, 34 ans, a fondé Bio Bag Burkina Faso. Au départ, une entreprise de recyclage de déchets plastiques. Plus que cela en réalité, à travers Bio Bag, Aïssa transforme les sacs plastiques, fléau pour l’environnement dans la région, en source de revenu pour les jeunes et pour son pays. Un projet qui lui a valu d’être sélectionnée pour le programme 54 porté par Women In Africa (WIA) Initiative.

« Quand j’étais petite, j’ai vu un animal sacrifié à cause d’un sachet plastique. Cela m’a profondément choquée. »

Aïssa Traoré, Burkinabé de 34 ans, n’a jamais oublié cette scène. Aussi, quand bien des années plus tard, son mari, de retour d’un voyage en Europe, lui raconte que sur ce continent, les commerces remettent désormais des sacs en papier à leurs clients, elle a un déclic et fonde Bio Bag Burkina Faso. Une femme, sa tante, sera une source d’inspiration pour elle. 

 » Ma tante est la seule femme à tenir une imprimerie au Burkina Faso, L’imprimerie La jeunesse. Elle s’est battue pendant des années pour y arriver. La voir est un bel exemple pour moi. Son parcours te motive à créer pour toi.
 Depuis mon plus jeune âge, je vois les gens acheter de la nourriture et la transporter dans des sacs en plastique noir. Pourtant, ce sachet est fabriqué à base de pétrole, ce n’est pas sain. »

Elle déplore également les conséquences telles que les inondations.

« Les gens jettent les sacs dans les fausses, ce qui bouche les canalisations. C’est un véritable fléau. Quand mon mari est rentré d’Europe, j’ai vu qu’une alternative existait. »

Reste à développer le produit. L’acheter sur le vieux continent et l’importer au Burkina a un coût trop élevé. Pour Aïssa, la seule option est de fabriquer localement.

« J’ai commencé avec 50 000 Francs CFA, dans mon salon où je pliais les sacs moi-même. En 2017, j’ai eu quatre employés que j’ai installé dans un petit local à Ouagadougou ».

L’entreprise se développe ainsi jusqu’à produire en 2017 58 000 sachets. Une réelle victoire pour l’entrepreneur.  En 2018, plus de 150 000 sachets en papier ont été produits et l’équipe a doublé. Et c’est Aïssa elle-même qui les forme au pliage. 

« Nous produisons le papier de manière artisanale parce que nous n’avons pas encore les moyens d’acquérir des machines. Pour gérer cette forte demande, j’ai loué un local un peu plus grand. Il a fallu investir. »

Fière de contribuer à préserver l’environnement, Aïssa l’est également d’offrir un emploi et un revenu décent à toujours plus de femmes. Alors que son affaire tourne, localement, elle nourrit de nouvelles ambitions.

« Je ne vise pas seulement le Burkina mais toute la région. Car nous Africains, faisons face au même défi, avec les mêmes soucis financiers. Plusieurs pays nous ont déjà sollicité. Mais le défi est d’offrir un produit moins cher que le sac plastique. Et surtout, de ne pas contribuer à la déforestation. L’idée de Bio Bag est d’utiliser du papier qui vient de forêts où l’on replante systématiquement des arbres. Ce n’est pas tout. Comme nous avons d’importants stocks de journaux, nous pourrions les recycler pour en faire des sacs. »

La créativité d’Aïssa ne s’arrête pas là. Dotée d’un réel sens des affaires, elle a également pensé à sérigraphier ses sacs.

« J’ai à cœur de développer mon entreprise parce que j’ai une ambition, une très grande ambition. Le problème des sachets plastiques concerne tout le monde, donc je voudrais qu’on m’aide sincèrement à développer mon entreprise, à avoir un local adapté, à diminuer les charges, à obtenir une étude technique et financière pour pouvoir installer mon usine de recyclage et de transformation ». Le recyclage est au cœur de son projet. « Quand on brûle, c’est du bois qu’on détruit, moi ça me fait mal. Donc je voudrais transformer ce papier, lui donner une seconde vie »


C’est avec cette ambition, et ces projets de futurs développements, qu’Aïssa a participé au Sommet 2018 de Women In Africa, à Marrakech. En tant que lauréate du programme 54, elle a bénéficié d’une visibilité inespérée.

« J’ai pu rencontrer la représentante de la Société Générale au Burkina Faso, nous sommes convenues de nous revoir pour éventuellement travailler ensemble ». C’est précisément pour ce genre d’ouvertures qu’Aïssa a participé au Sommet. « Pouvoir rencontrer les grandes entreprises installées partout en Afrique et qui peuvent nous soutenir. Pour un petit commerçant, remplacer le sac plastique par le papier n’est pas facile, cela a un coût réel. Ces sociétés, peuvent faire cet effort à leur place » espère-t-elle.

Et Aïssa saisit également cette tribune pour adresser un message : « Je demande à l’Etat Burkinabé de faire appliquer la loi votée sur les sacs plastiques. Au Burkina Faso, il y a plus de 400 000 tonnes de déchets plastiques par an en circulation. Cette loi en interdit l’usage mais elle n’est pas appliquée. Et pourtant, en le faisant, on soutiendrait une nouvelle activité. La nôtre, celle qui créé de l’emploi pour les jeunes, de la valeur ajoutée, tout en préservant notre environnement, la santé de nos populations, de nos enfants. »