Beth Wanjiku Koigi – Une solution pour une eau propre à faible coût

Avec Majik Water, les populations isolées et à faible revenu ont accès à l’eau au Kenya. Presque par magie. Du moins, grâce aux NTIC. Une idée de Beth Wanjiku Koigi, 26 ans.

« Si vous avez de l’air, vous pouvez avoir de l’eau potable ».

C’est le slogan de Majik Water, une start-up qui fournit de l’eau consommable à un prix abordable aux communautés pauvres en eau et à faible revenu au Kenya. Présidée et co-fondée par Beth Wanjiku Koigi, Kenyanne de 26 ans. Confrontée au problème, Beth a dû acheter de l’eau sale et contaminée à l’université. Elle a alors l’idée de créer son propre filtre à eau ce qui donnera une entreprise prospère qui a vendu plus de 5 000 filtres au Kenya ces cinq dernières années. Sur le terrain, elle se rend compte que de plus en plus de régions sont complètement privées d’eau de façon régulière, les rivières se tarissant et la nappe phréatique s’épuisant.

« Ce que nous faisons, c’est accroître l’accès à l’eau potable aux ménages à faible revenu dans les régions rurales, arides et semi-arides du Kenya », explique Beth.

« Il y a six fois plus d’eau dans l’air que dans toutes les rivières. Une source inexploitée pour aider les communautés touchées par la sécheresse. Nous utilisons des matériaux hydrophiles pour capter cette eau. Si vous avez de l’air, vous pouvez avoir de l’eau potable propre et salubre. Dix litres en 24 heures, hors réseau, à partir de l’air grâce à la technologie solaire. Nous avons testé ce prototype à la Nasa Ames, à Mountain View, en Californie, où l’humidité relative est d’environ 58%, ce qui correspond à la majeure partie du Kenya. Nous sommes en train de concevoir et de prototyper une solution offrant une eau propre à faible coût. Ce problème ne se limite pas au Kenya. L’ONU estime que 1,8 milliard de personnes connaîtront une pénurie d’eau d’ici 2025.

Beth connaît bien ce problème, non seulement pour l’avoir vécu mais également étudié. Après huit années d’expérience dans les projets de développement en Afrique de l’Est, Beth née à Kiambu, village de Kirenga, dans une famille de cinq enfants et de parents agriculteurs, a étudié grâce à une bourse, le développement communautaire à l’université. Titulaire d’une maîtrise en planification et gestion de projets de l’université de Nairobi, Beth a également entrepris de résoudre des problèmes liés à l’eau, une idée dont la graine a été plantée pendant son enfance lorsqu’elle regardait les villageois parcourir des kilomètres pour aller chercher de l’eau portée ensuite dans des jerrycans sur leur tête. « Au cours de mes années au campus, j’ai eu l’occasion d’interagir avec de nombreuses personnes et j’ai effectué une recherche dans l’est du Kenya sur les maladies d’origine hydrique. J’ai appris que 56% de la population n’avait pas accès à l’eau potable et que 80% des maladies diagnostiquées étaient d’origine hydrique. Au cours de ma quatrième année, j’ai lancé Aqua Clean Initiative, une organisation qui fournit des filtres abordables aux communautés pauvres du Kenya. En 2014, elle reçoit une subvention du projet Pollination pour soutenir son travail et fournir des filtres à eau aux communautés qui n’ont pas accès à de l’eau propre.

« Aujourd’hui, nous avons fourni des filtres à plus de 500 ménages ».

Une solution technologique qu’elle n’a pas développée seule : son père utilise une technologie d’approvisionnement en eau pour irriguer sa ferme, l’un de ses frères dirige une entreprise de fabrication de gouttières et de toitures, tandis que l’autre est ingénieur en hydraulique et construit des barrages.

« Il existe un lien direct entre la pénurie d’eau et la contamination de l’eau. Les personnes avec peu d’eau ne vont pas se donner la peine de la filtrer, ce qui les expose à des maladies d’origine hydrique. Je me suis aussi demandé pourquoi nous passions tant de temps et d’énergie à aller chercher de l’eau et à la transporter, alors qu’il existe une technologie de production d’eau atmosphérique qui peut être utilisée pour accéder à l’eau là où nous sommes ».

Avec son idée en poche, Beth a déposé sa candidature au programme Global Solutions qui l’a amenée à rejoindre la Singularity University de la Silicon Valley aux États-Unis – capitale mondiale de l’innovation – où elle a rencontré ses partenaires, Clare Sewell et Anastasia Kaschenko. Majik Water est ainsi née en juillet 2017.

« Notre atmosphère planétaire est une source d’eau potable propre qui n’a pas été utilisée. Mais ce concept de récupération de l’eau dans l’air n’est pas tout à fait nouveau, car d’anciennes communautés, parmi lesquelles des Africains et des Kenyans, l’utilisaient pour récolter la rosée »

Le plus grand défi de Majik Water a été d’utiliser l’énergie solaire. La société étudie différentes manières de rendre le système plus facile à utiliser et abordable pour tous. Parmi les autres défis, il y a le besoin de beaucoup d’énergie pour condenser l’eau directement de l’air. Pour résoudre le problème, Majik Water utilise des matériaux ayant une grande affinité pour les molécules d’eau dans l’air, qui capturent facilement ces molécules, les chauffent et recueillent la vapeur d’eau libérée. Cela rend la technologie plus économe en énergie.

Lauréate du prix EDF Pulse Africa en décembre 2017, Beth a également été sélectionnée pour rejoindre le programme 54 de Women In Africa (WIA) Initiative. « J’avais de très grands espoirs à l’idée de rencontrer des femmes qui travaillent sur les principales problématiques que connait l’Afrique, en particulier dans les domaines de l’agriculture et de l’eau. La raison principale de cette rencontre est pour moi d’évaluer comment nous pouvons établir des collaborations et des partenariats à venir. Il est toujours bon de connaître quelqu’un dans un autre pays au cas où vous voudriez y distribuer votre technologie, avoir un point d’entrée ». Elle a en outre reçu le prix de l’énergie pendant le forum.

Après WIA 54

Mais Beth a trouvé plus qu’un contact. « J’ai en effet rencontré une future partenaire très intéressante. Il y a cette dame qui fournit comme nous de l’eau potable au Rwanda, quand notre technologie sera prête, elle sera la première personne à la distribuer ».

http://www.majikwater.co/

Le WIA 54 Award est financé par la Fondation WIA Philanthropy et ses mécènes