Eneotse Unoogwu – Le choix de l’agriculture pour contribuer au développement de son pays

Ene Otse Unoogwu, CEO FarmBiz Enterprises, est une entrepreneur sociale qui opère dans le secteur de l’agriculture au Nigéria. Un pays où les fruits de la terre sont la première richesse, mais où les paysans, 70% de la population sont pauvres. Une réalité au cœur de l’engagement d’Ene Otse Unoogwu, lauréate du prix de l’agriculture du programme 54 de Women In Africa (WIA) Initiative.

Au lendemain de la soirée dédiée aux lauréates du Programme 54 qui se tenait au cours du deuxième Sommet mondial de Women In Africa (WIA) Initiative, en septembre dernier, à Marrakech, au cours de laquelle elle a reçu le prix de l’agriculture, Ene Otse Unoogwu a encore des larmes aux yeux… et dans la voix. Une émotion qui illustre l’engagement de celle qui a fait le choix de l’agriculture pour contribuer au développement de son pays.

 

« J’ai préféré m’orienter vers l’agriculture, parce que je voulais apporter des solutions aux problèmes rencontrés par mon pays. »

« C’est amusant quand on y pense. Mais je suis diplômée en communication. Je me débrouillais pas mal, j’écrivais plutôt bien et je pense que j’avais une fibre artistique, mais j’ai préféré m’orienter vers l’agriculture, parce que je voulais apporter des solutions aux problèmes rencontrés par mon pays. »

Sans doute car elle est originaire du Nord du Nigéria, de Kaduna, une région confrontée à de multiples tensions socio-économiques alimentées par le déséquilibre dans le partage des richesses pour ce pays qui est aujourd’hui la première puissance économique, et démographique, du continent.

« Le Nigéria a une population de près de 200 millions de personnes, avec une démographe galopante,  dont plus de 70% d’agriculteurs. Ils produisent l’une des premières richesses du pays (NDLR : le Nigéria exporte 82% de produits agricoles) mais sont pauvres. Pourquoi ? Ce qui créé des problèmes au Nigéria. Les jeunes, les enfants de ces paysans, ne veulent plus devenir agriculteurs et vont vers la capitale, les grandes villes tandis que nos villages se vident. Nous devons rendre l’agriculture, plus attractive. »

« Avec Farmbiz, nous aidons les agriculteurs à maximiser leur profit en créant un environnement propice »

C’est la vocation de Farmer Biz : créer de la valeur ajoutée dans ce secteur à forte dimension socio-économique. Et c’est avec les tomates qu’Ene Otse a commencé.

« J’ai planté des tomates mais j’ai très vite été confronté au problème de l’accès au marché. Je ne pouvais les exporter vers ce qui s’est traduit par des pertes. J’ai alors imaginé une série de solutions. »

De la transformation du produit en tomate concentrée, au packaging, jusqu’à l’utilisation de l’énergie solaire pour l’irrigation. Surtout, ce qui fait la force du projet : Ene Otse a réussi à convaincre d’autres agriculteurs de rejoindre l’aventure. Et aujourd’hui, Farmer Biz est présent sur toute la chaîne de valeur, de la production à la transformation, jusqu’au conditionnement et l’exportation.

« Nous aidons les agriculteurs à maximiser leur profit en créant un environnement propice qui permette à toutes les parties prenantes d’obtenir les ressources nécessaires pour une agriculture commerciale à grande échelle. »

 

Un concept et des résultats qui n’auront pas manqué de susciter l’intérêt des investisseurs présents pendant le Sommet de WIA. Une expérience enrichissante à plus d’un titre par Ene-Otse qui oscille entre rires et larmes. « Quand je suis venue, c’était pour augmenter mes capacités, changer mes perceptives, et comment vous dire… Au delà du fait d’avoir reçu ce prix, même si c’est déjà pas mal, je n’avais jamais eu l’occasion de pitcher en public, depuis hier soir, je sais que je peux le faire. J’ai appris une nouvelle façon de présenter mon business. Et j’ai rencontré des femmes d’autres pays, avec lesquelles je peux collaborer, parce qu’elles opèrent dans l’agriculture également. » Ce n’est pas tout. Ene a également trouvé un partenaire financier. « J’ai discuté avec des personnes très intéressantes, des investisseurs, dont une femme qui, comment vous dire, au Nigéria on ne pense pas qu’il y a des coïncidences, nous croyons en dieu, et cette femme, qui venait d’Angleterre, qui travaille pour un fonds d’investissement, cherchait à financer un projet dans l’agriculture, au Nigéria, qui porte une solution dans l’irrigation. C’était incroyable. Tout était fait pour que nous nous rencontrions. Et elle va nous financer. Une expérience inoubliable… »