L’Obs — Samia Khedim, fondatrice du « Doctolib » algérien

« J’ai passé beaucoup de temps dans les salles d’attente. C’était pratique : j’ai servi de cobaye pour mon étude de marché ». Samia Khedim vous dit ça en éclatant de rire : « Inch Allah, maintenant tout va bien ! ». C’est une jeune femme de 31 ans, cheveux longs, talons hauts, pour qui la vie s’est déroulée en grande partie dans les cabinets médicaux et les hôpitaux. Une « maladie chronique » à 16 ans, « une autre, très grave » à 26 ans, une fille, née grande prématurée quatre ans plus tard. « Je préfère que vous ne marquiez pas précisément ce que j’ai eu ». Ingénieure informatique avec un master en management décroché à Telecom Paris Tech, dans le 13ème arrondissement, Samia Khedim aurait pu faire carrière comme consultante. Mais elle en a eu assez de « réfléchir à des process pour les entreprises ». Elle a eu envie « d’améliorer le quotidien des gens ».

En France, où elle a été soignée partiellement, elle découvre Doctolib, le service en ligne de prise et gestion de rendez-vous médicaux. « Je me suis dit : évidemment, il faut faire la même chose en Algérie ». De retour dans son pays en 2016, elle lance une version locale, RDVToubib. La plateforme emploie aujourd’hui 10 personnes et gère une centaine de médecins algérois. L’objectif est de se déployer très vite dans les villes d’Oran, Constantine, Tizi Ouzou, Tlemcen et Béjaïa, « 70% de la population algérienne », et de mettre en place un système de digitalisation du dossier médical et du parcours de soins des patients. Fille d’universitaires, installée à Zéralda, dans la banlieue ouest d’Alger, « au bord de l’eau », Samia Khedim a été sacrée « stratuper de l’année » (un concours organisé par Total) et « prix du projet innovant », décerné par l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes en 2016.

La patronne de RDVToubib dit qu’elle fait partie de « cette nouvelle génération de femmes algériennes qui se lancent dans le digital. Mais que cela reste difficile d’être une chef d’entreprise dans (son) pays : on s’autocensure, on nous accorde moins de crédit qu’à un homme ». Elle a appelé sa fille Tinhinane. « Oui, je sais, ce n’est pas très courant ». Le nom vient d’une guerrière berbère du Vème siècle, Tin-Hinan, considérée comme l’ancêtre des Touaregs nobles du Hoggar, et qui avait organisé la vie d’une communauté dans un oasis du Sahara. « Cela prouve que les femmes sont fortes, combatives et que le patriarcat n’a pas toujours existé, même en Afrique ».

Nathalie Funès

ENTREPRENEUSES EN AFRIQUE. « L’Obs » publie chaque semaine le portrait d’une jeune dirigeante d’entreprise. Aujourd’hui, Samia Khedim, algérienne, fondatrice d’un site de gestion de rendez-vous médicaux.

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Les Africaines, championnes de la création d’entreprise
Women in Africa : « Les femmes doivent prendre leur place sans s’en excuser »
Basant Motawi, une Egyptienne en lutte contre les violences sexuelles
Karelle Vignon-Vullierme, ambassadrice de la cuisine africaine

Dans le cadre d’un partenariat avec Women In Africa, le magazine L’Obs publie chaque semaine le portrait d’une jeune femme entrepreneuse en Afrique. Women in Africa a élu 54 jeunes femmes, parmi 1.200 dossiers, qui se sont retrouvées à l’occasion du 2ème sommet de WIA les 27 et 28 septembre 2018 à Marrakech. Leur particularité : elles ont toutes monté récemment leur entreprise dans tous les domaines (digital, santé, agroalimentaire, finances, énergie…).

Dans cet article, « L’Obs » rencontre Samia Khedim, qui a créé RDVToubib, un site internet de prise et gestion de rendez-vous médicaux