Passage de relais chez Women In Africa Initiative

Hafsat Abiola, militante nigériane pour les droits de l’homme, les droits civiques et la démocratie, a été nommée le 5 juin 2018 présidente exécutive de Women in Africa (WIA) Initiative. Une étape clé pour la plateforme mondiale qui entend accompagner les femmes africaines leaders et à haut potentiel à transformer l’Afrique. La fondatrice, Aude de Thuin, et Hafsat Abiola partagent leurs points de vue sur cette évolution cruciale pour l’Initiative.

Aude, pour quelle raison Hafsat a-t-elle été nommée à ce moment précis du développement de l’Initiative ?

C’est l’étape de la maturité. Depuis le démarrage de notre plateforme mondiale en 2017, j’ai toujours dit que je cèderai ma place à une femme africaine. Car c’est dans la logique même de l’histoire de WIA Initiative que d’avoir une présidente issue du continent. C’est par les femmes que l’Afrique se développera dans la confiance et en complémentarité avec les hommes.

Hafsat Abiola, pourquoi avez-vous accepté ?

Je crois en la vision de Women In Africa Initiative. Les femmes sont la plus grande ressource inexploitée du continent. Je veux donc aider à diriger l’organisation qui oeuvre pour exploiter leur potentiel. Celle-ci pourrait très bien être le facteur déclencheur qui libère la montée en puissance tant attendue du continent.

Aude, pourquoi avoir choisi Hafsat ?

Tout d’abord, pour sa magnifique personnalité. Elle a été l’une de nos premières WIA Ambassadrices, et a rejoint WIA Council il y a un an. Ensuite pour son parcours de militante pour les droits de l’homme, les droits civiques, la démocratie – les valeurs d’Hafsat sont identiques à celles que nous portons. Enfin, son analyse et sa vision du rôle des femmes dans l’économie ont imposé sa nomination comme une évidence : elle est la bonne personne au bon endroit !

Hafsat, quels sont vos principaux objectifs en tant que présidente pour 2018 et les deux prochaines années ?

Mes objectifs pour 2018 sont naturellement modestes. C’est avant tout d’apprendre ! Apprendre d’abord comment l’organisation fonctionne actuellement, rencontrer ensuite nos partenaires et écouter leur vision et leurs intérêts, s’engager avec nos membres enfin à travers le continent et comprendre ce qu’ils considèrent comme les plus grandes opportunités à saisir et les défis les plus difficiles à relever. Au cours de la prochaine année, je me concentrerai sur la construction de la structure pour l’avenir et je commencerai à lier cette structure à la performance. Je vais m’assurer que nous ayons des ambassadrices dans tous les pays d’Afrique, que nous ayons des conseils actifs dans au moins un tiers d’entre eux, et que nous élargissions le réseau de partenaires que nous engageons au nom de nos membres.

Hafsat, comment votre parcours va-t-il contribuer au développement de WIA Initiative ?

À certains égards, il semble que tout ce que j’ai fait dans ma vie me préparait à ce rôle. Il y a un peu plus de deux décennies, je me suis engagée dans la défense de la démocratie au Nigeria à l’époque du régime militaire. J’avais une vingtaine d’années et en raison des circonstances particulières, j’étais l’une des porte-parole du mouvement. Il a fallu que je voyage à travers le monde. J’ai dû travailler avec une communauté diversifiée d’organisations et d’associations pour inciter la communauté mondiale à soutenir la demande démocratique du peuple nigérian. Depuis lors, j’ai fondé une organisation qui se consacre à l’autonomisation des femmes et des jeunes au Nigéria. J’ai ensuite été pendant sept ans membre du cabinet dans l’Etat industriel d’Ogun, où j’étais responsable des Objectifs du Millénaire pour le développement puis j’ai eu la charge des portefeuilles Commerce et Investissement. Grâce à ces expériences, j’ai établi un vaste réseau de relations avec des dirigeants mondiaux et locaux, des organisations, des fondations et des gouvernements de Washington DC à Ouagadougou qui seront utiles à WIA Initiative qui souhaite étendre son empreinte et son impact.

Aude, quels sont les enjeux de cette nouvelle présidence ?

Hafsat devient Présidente Executive donc CEO de Women in Africa Initiative dont le bureau principal sera basé à Lagos, au Nigeria, à partir d’Octobre prochain. Paris gardera un bureau de représentation, au même titre que Casablanca. Hafsat a la responsabilité de la « vision » pour Women in Africa et à ce titre, la direction des programmes et de tous les contenus des sommets qu’ils soient mondiaux ou régionaux. Elle en sera la porte-parole et l’interface des partenaires panafricains et mondiaux qui nous accompagnent. Elle présidera le Council et élargira le réseau de nos ambassadrices. Elle sera accompagnée par l’équipe en place qui est composée de professionnels aguerris, et elle complètera cette équipe au fur et à mesure de la montée en puissance de WIA. A court terme, en plus d’être dès à présent la porte-parole pour WIA Marrakech 2018, Hafsat dirigera l’équipe programme de notre prochain Sommet mondial à Marrakech, dont le thème générique est « Regarder l’Afrique avec confiance et Croire en ses talents ». Hafsat mettra également en place avec l’équipe de WIA Initiative le second sommet régional de 2018, qui aura lieu à Lagos en fin d’année.

Hafsat, quels sont les atouts actuels de WIA Initiative ?

L’organisation dispose d’un excellent réseau de femmes en Afrique et dans le monde, ainsi que de solides relations avec des entreprises et des organisations, en particulier en Europe. En interne, nous avons une équipe dynamique qui s’engage à produire des résultats pour les femmes en Afrique, ce qui signifie qu’il n’y a pas de limite à ce que nous pouvons atteindre, tant que nous restons concentrés sur notre objectif, qui est d’assurer la montée en puissance des femmes d’Afrique.

Aude, quel rôle sera désormais le vôtre au sein de WIA Initiative ?

J’ai 67 ans et je vais tenir une promesse faite à ma famille, celle de ralentir une vie intense de travail . Je vais apporter ma vision, aider Hafsat et son équipe à appréhender le métier spécifique qui a été le mien pendant des années. Je vais aussi rester à l’écoute des besoins des grands annonceurs français et internationaux que je connais de longue date. Et suggérer des noms de speakers car au travers des lectures quotidiennes intenses que je fais, je repère des talents inouïs ! Je souhaite continuer à écrire, car j’ai encore beaucoup à dire sur ce que j’observe de ce monde si mutant et si peu prêt à réellement accueillir les femmes comme de vraies partenaires économiques et donc ayant un rôle essentiel sur l’évolution de nos sociétés.

Hafsat, comment envisagez-vous le partage d’expérience avec Aude ?

J’ai un profond respect pour Aude. J’ai suivi son travail au Women’s Forum pendant de nombreuses années, bien avant de fonder Women in Africa Initiative. J’ai toujours été impressionnée et inspirée par ses réalisations et j’ai longtemps souhaité travailler avec elle. C’est pourquoi je n’ai pas hésité à accepter l’invitation à devenir ambassadrice du Nigeria pour les femmes en Afrique et à rejoindre le conseil. Puis désormais à être utile en tant que présidente de cette organisation louable. J’attends de notre collaboration qu’elle soit un partenariat solide, fondé sur une croyance partagée dans la promesse que représentent les femmes en Afrique, les forces complémentaires, et le plus profond engagement à réaliser la promesse de Women in Africa Initiative !

Aude, quel bilan faites-vous pour WIA Initiative près de deux ans après son lancement mondial ?

Je suis fière de ce que nous avons accompli, car nous avons réalisé un sommet mondial reconnu à Marrakech en septembre 2017 (39 pays reçus dont 22 du continent – 2018 : 65 pays attendus), et un 1er sommet régional à Dakar en avril dernier, qui sera suivi d’un second à Lagos en fin d’année. Nous avons développé une base de données africaines de tout premier plan et conforté le network que nous avions.
Et il y a encore tant à faire ! Nous développons actuellement une plateforme de connexion entre les leaders, les entrepreneurs et les investisseurs, nous voulons pouvoir mettre nos membres en réseau avec des jeunes talents autour d’un programme de mentoring, nous finalisons notre site Internet et y avons inclus un media pure-player pour mettre en valeur les femmes que nous repérons. Et grâce à notre partenaire Roland Berger et au mécénat de la banque Société Générale, notre Fondation WIA Philanthropy a lancé son deuxième appel à candidature pour recevoir à Marrakech en septembre prochain 54 femmes lauréates entrepreneurs, une par pays du continent et/ou issue de la diaspora. Nous allons les présenter à des investisseurs, les connecter avec notre communauté et les medias afin que le monde entier voient à quel point les femmes africaines sont créatrices de nouveaux business modèles, tous majeurs pour l’avenir du continent. Que ce soit dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l’éducation, de l’énergie, de l’eau, de la tech, de la finance, etc. les femmes sont des actrices majeures de cette économie dont l’Afrique a tant besoin et nous voulons le faire savoir haut et fort.

Hafsat, quels sont les besoins cruciaux selon vous pour les femmes africaines en termes de développement de carrière, d’entrepreneuriat, d’autonomisation ?

Les femmes en Afrique ont besoin de savoir-faire, de financement, de politiques d’habilitation et d’autres formes de soutien. Elles ont besoin d’autre chose que des paroles en l’air. Comme par exemple des services et des projets pertinents et soigneusement conçus pour relever les véritables défis auxquels elles sont confrontées.

Aude, après ces deux années d’expérience, quels conseils en tant que femme leader recommandez-vous aux femmes africaines ?

Que ce soit en Afrique, en France, partout dans le monde, mon conseil aux femmes est d’avoir plus confiance en elles. Elles doivent savoir que le monde ne tournerait pas de la même façon sans elles, qu’elles sont l’avenir de leurs pays. En ce qui concerne l’Afrique, le monde entier sait que c’est par les femmes que les choses bougeront. Le monde les attend et a besoin d’elles.

« Notre objectif est de garantir la montée en puissance des femmes africaines »

Hafsat Abiola et Aude de Thuin