Les clés de l’entrepreneuriat culturel, selon Annie Blondel

Alors que des Etats africains revendiquent la restitution de leur patrimoine culturel spolié durant la colonisation, des initiatives sont menées pour valoriser l’art contemporain africain dont celle entreprise par Annie Blondel. Ancienne conseillère du chef de l’Etat gabonais, elle s’est reconvertie dans l’entrepreneuriat culturel.

A Libreville, dans le célèbre et animé quartier de Louis, un site a fait son apparition aussi remarqué que remarquable. « L’Ouverture », officiellement inaugurée le 12 mai dernier, cette galerie se veut un haut-lieu de la culture au Gabon. « Un nouveau temple, confirme Annie Blondel, fondatrice de l’établissement. Ou plutôt un espace de rendez-vous « privilégié » pour nouer un dialogue polysémique. L’art est, sans doute, le domaine à travers lequel peuvent se dire les choses qui vont au-delà des limites imposées par le langage. L’Afrique entière se dispute la promotion de la culture et de l’art. Des biennales et autres évènements culturels s’organisent au Maroc, au Sénégal, au Mali, en Angola, en Côte d’Ivoire, sans oublier l’Afrique du Sud où il existe une créativité sans commune mesure. Le Gabon se devait de répondre à ce challenge et d’être présent sur la scène artistique internationale. La galerie L’Ouverture est l’aboutissement d’une volonté affirmée depuis plusieurs années de répondre au besoin vital de nourrir l’esprit ».

Créatrice de concept store

Peintures, sculptures, bijoux, « L’Ouverture » est une galerie art work et pluridisciplinaires. Dès la cour de l’établissement, sur les murs, les étals, le jardin, l’art se lit et s’expose. Des créations signées d’artistes gabonais mais aussi africains, européens. « En créant ce lieu, le public amateur d’art et de culture sera ravi de trouver à Libreville un lieu où sont rassemblés des expositions, des vernissages mais également des cours de peinture, des concerts, des récitals ». Un établissement qui porte également une forte dimension éducative. « Nous n’occulterons pas l’impératif pédagogique : il faut éduquer le regard. Notre époque se caractérise par un voyeurisme quasi-obsessionnel mais paradoxalement l’acuité du regard baisse ».

Promouvoir les talents, son leitmotiv

Encore conseillère du chef de l’Etat gabonais en charge de l’environnement, il y a quelques années, aujourd’hui, jeune entrepreneure culturelle, Annie Blondel est aussi à l’origine de la création du premier concept store dans la capitale, la boutique « Rue du Soleil », spécialisée dans le « made in Africa ». « Amoureuse et fan de Colette depuis vingt ans, je voulais offrir à ma ville un lieu plein d’émotions, où l’on peut dénicher des idées de cadeaux, de déco, des petits objets pour se faire plaisir. Ce qui manquait à Libreville », poursuit-elle. « C’est un lieu de vie très cosy, où de multiples objets proposent une rencontre entre l’Afrique et l’Occident, un espace ou l’on apprécie aussi du thé de qualité et des cafés du monde. La boutique tente de promouvoir les femmes et hommes qui ont du talent, savent créer de leurs mains de beaux articles ».

Des couloirs du Palais …

Petit bout de femme, Annie Blondel porte la même détermination, celle de faire évoluer le Gabon. Après des études de relations internationales en Europe, elle rentre au Gabon pour démarrer sa carrière professionnelle au sein du Ministère des Affaires étrangères. Elle s’envole ensuite pour la France où elle créé une agence de communication et relations publiques. Mais quand Ali Bongo Ondimba prend la tête du Gabon, en 2009, elle rentre pour intégrer son cercle. Conseillère spéciale du président en charge du tourisme, elle est ensuite détachée à l’Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN). Sa mission : promouvoir le potentiel touristique du Gabon tout en respectant l’environnement.

… à l’entrepreneuriat

Novice dans l’entrepreneuriat, Annie n’en est pas moins une femme d’affaires avisée. Animée par une passion, l’art, son passage dans les coulisses du pouvoir, a nourri son goût pour les voyages. Pour elle, l’entrepreneuriat culturel est une alternative au désespoir, le mal dont souffre la jeunesse africaine faute de perspectives d’avenir. « Le Gabon dispose d’un patrimoine culturel incroyablement riche, et sans limite. Notre pays est extrêmement généreux matériellement mais nous avons du chemin à faire d’un point de vue relationnel. Changer les mentalités est notre plus grand challenge, lutter contre la négativité aussi. Les gens doivent apprendre à vivre leur propre existence non celle du voisin. »

« Je suis un vrai tourbillon, je pourrais créer des entreprises partout où je me pose parce que le monde est ouvert. »

Et à l’en croire, Annie serait loin d’être la seule à partager cet engouement. Dans un pays où l’initiative privée reste peu développée, rente pétrolière oblige, les femmes sont de plus en plus nombreuses à se lancer. « Je suis une femme d’affaires, très heureuse de le devenir. Je suis très soutenue par de nombreuses personnes, j’écoute beaucoup les conseils, l’humilité permet de grandir. La persévérance est une grande qualité, le sérieux, le gout du risque ! Je suis un vrai tourbillon, je pourrais créer des entreprises partout où je me pose parce que le monde est ouvert. Les femmes gabonaises ont du talent et sont des femmes d’affaires, aujourd’hui, elles sont soutenues…et elles en veulent ! »