Edith Brou :  Icône de la révolution digitale

Produit 100% Côte d’Ivoire et panafricaine, à 33 ans, Edith Brou figure parmi les influenceuses les plus remarquées du monde digital. Blogueuse et « Africtiviste », cette passionnée d’écriture et de nouvelles technologies utilise ces armes pour faire évoluer les mentalités.

Sa force : les réseaux sociaux qu’elle manie avec intelligence. « Je suis devenue blogueuse en 2009 après avoir découvert le blog d’Eric Dupin et d’Israël Yoroba. Leur exemple m’a inspirée ». Activiste sociale dans des ONG comme Akendewa (dont elle est membre fondatrice), elle profite de son statut et de son envergure internationale pour lancer, en 2011, Ayana, le 1er webzine féminin qu’elle co-fonde avec une camarade de lycée, Amie Kouamé. Le succès est immédiat ! Mais, loin de s’en contenter, elle devient présidente de l’association des blogueurs de Côte d’Ivoire (ABCI) et membre du réseau des « Africtivistes », un collectif citoyen qui agit comme une vigie sociale sur le continent. Hyperactive, elle crée Africa Contents Group, un groupe de médias digitaux dont « buzzyAfrica.com », un site de divertissement, constitue la tête de pont. Une sorte de « Buzzfeed » ou de « HuffPost » version africaine, avec près de 10 000 visiteurs par jour.

« J’aime créer, explorer des pistes, prendre des risques. C’est passionnant. »

Avec une telle aisance, difficile de croire que, petite, elle était « maladivement timide ». Fan de jeux vidéos, Edith Brou se réfugiait dans un monde virtuel. Avant de concilier, aujourd’hui le virtuel et le réel. « Quand j’ai commencé à travailler en tant que stagiaire dans une maison de production audiovisuelle, ma première passion, j’ai compris très tôt que je voulais évoluer dans le monde de l’entreprise. De fil en aiguille, j’ai dirigé des équipes d’hommes. A ce moment, et par nécessité, j’ai commencé à m’ouvrir. Et ma timidité a disparu. Aujourd’hui, j’aime créer, explorer des pistes, prendre des risques. C’est passionnant ».

A l’image de sa génération, connectée, ambitieuse, innovante, Edith Brou veut peser sur l’avenir de son pays, mais hors des schémas classiques et de l’espace politique traditionnel. « J’appartiens à une génération qui a vécu la transition entre l’époque d’Houphouët-Boigny et le multipartisme. Nous connaissons le pire comme le meilleur. L’arrivée d’Internet a permis de relativiser notre situation, et d’apporter des solutions pour le bien-être des populations. A mon avis, ces solutions doivent révolutionner les mentalités en intervenant à la base et notamment, auprès des enfants. »

« L’investissement dans la jeunesse doit être gagnant-gagnant »

Son nouveau challenge, justement, porte sur l’initiation aux NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), et plus particulièrement à l’apprentissage du codage par les plus petits. « L’objectif est d’apprendre aux 5-15 ans à manipuler du matériel informatique et à développer leur propre programme. La jeune génération devra s’approprier ces outils au risque de décrocher. Et je ne doute pas qu’elle s’adapte ! Mon fils à deux ans savait déjà déverrouiller mon téléphone. Comment ensuite les former pour en faire les ingénieurs de demain ? L’investissement dans la jeunesse doit être gagnant-gagnant. Alors qu’aujourd’hui, soit on la ghettoïse, soit on la manipule pour fabriquer des militants ou des consommateurs décérébrés. Les entreprises et les politiques doivent rendre aux jeunes ce qui leur revient »

Edith Brou TV

« L ’Afrique sera digitale ou ne sera pas ! »

Edith Brou ne compte pas servir de « produit » mais souhaite construire son avenir et impacter son environnement. « Je sais où je veux aller… Il faut juste que ce pays passe le goulot d’étranglement qu’est 2020 (année des élections en Côte d’Ivoire). Si nous passons ce cap, tout ira bien ».

En attendant, elle voit, et contribue, avec enthousiasme, à la révolution numérique qui s’opère sur le continent. « 50% de la population africaine a moins de 25 ans et jeunesse rime toujours avec innovation. Depuis plus d’une dizaine d’années, une énergie motrice et passionnelle, telle un rouleau compresseur, conduit la révolution numérique dans tous les secteurs d’activité sur le continent. De 4 514 400 utilisateurs en 2 000, le continent africain est passé à 345 676 501 en 2017 (chiffres internet Worldstats), ces statistiques illustrent un énorme changement dans les habitudes, et la maturité du marché africain. Cette révolution numérique s’incarne dans le foisonnement des start-ups qui proposent des solutions innovantes et qui facilitent la vie des populations africaines. L’industrie du mobile a déjà transformé les sociétés et les économies de l’Afrique subsaharienne, mais il y a encore de la place pour davantage de croissance et d’innovation si les bonnes conditions sont réunies. L’Afrique sera digitale ou ne sera pas ! ».