Haweya Mohamed : « Les femmes africaines sont en train d’ubériser leur quotidien »

En 2016, pour la première fois à Paris, la Tech africaine, est mise à l’honneur à travers la plateforme Afrobytes. Une initiative portée par Haweya Mohamed, française d’origine somalienne, âgée de 40 ans.

« Il paraît que je cumule toutes les tares : je suis une femme, je suis maman, je suis noire, musulmane, et je suis dans le business », déclare Haweya Mohamed dans une interview. « Mais je n’y ai jamais vu un handicap… J’avance ! » Pour preuve, après un début de carrière chez Endemol, Chanel 4 International ou encore RTL, dans la production et les relations publiques, une expatriation en Afrique, l’entrepreneuriat dans les gênes, elle lance, avec Ammin Youssouf, en 2015 Afrobytes, le premier hub digital dédié au secteur.

Montrer l’Afrique autrement

« Il est difficile d’évaluer le nombre de start-up qui émergent chaque jour sur un continent composé de 54 pays. Néanmoins la tendance est à une croissance forte. Notre conviction est la suivante, c’est que ces centres d’innovation peuvent être aussi des pistes d’atterrissage sur le continent, ils connaissent mieux que personne le terrain. De la Silicon Valley aux acteurs des pays émergents asiatiques, en passant par les acteurs européens, le monde de la Tech prend aujourd’hui conscience des formidables opportunités qu’offre le nouveau consommateur africain connecté. Afrobytes propose à tous ces acteurs d’accélérer leur stratégie en Afrique en leur offrant une MarketPlace sur toute la chaîne de valeur, afin de leur permettre de se positionner sur la transformation digitale du continent africain. Il s’agira aussi de dépasser la question des secteurs et d’évoquer les femmes et les hommes qui sont au bout de la chaîne, et leurs besoins. »

Dès la première édition, la plateforme se fait remarquer par le panel de sociétés réunies, les plus grands acteurs du secteur du continent africain mais également d’Europe et des États-Unis. Cette année Google, Facebook seront présents. Les délégations des deux plus grands pays du continent : Ethiopie et Nigeria viendront promouvoir le « doing business » dans leurs pays respectifs. Au-delà de l’idée d’offrir aux start-up africaines un écosystème en mesure de les accompagner et de les renforcer en les connectant aux leaders mondiaux, Haweya est également portée par le désir de montrer l’Afrique autrement.

Les femmes de la Tech made in Africa au premier plan

« Le continent a en effet un certain nombre de défis à relever et les écosystèmes technologiques africains résolvent en premier lieu des problèmes liés au quotidien. On les appelle des problem solving companies. L’un des défis majeurs qui s’annonce est la croissance démographique. Les nouvelles technologies vont être des alternatives indispensables pour compléter les politiques publiques qui ne pourront pas loger, nourrir, transporter, former et éduquer autant de personnes dans un laps de temps très court. »

Et dans cette transformation, les femmes de la Tech made in Africa sont au premier plan. Afrobytes a conduit à révéler les actrices de ce secteur. « Nous sommes en effet dans une dynamique de promotion des talents et les femmes sont nombreuses sur le continent à créer des innovations qui vont au-delà de leurs propres besoins. Étant au cœur des communautés, elles savent exactement ce dont ont besoin les personnes qui les entourent. Peu de gens réalisent qu’avec 41% de femmes qui entreprennent au Nigeria contre 10% aux États-Unis ( source : TrendWatching.com), le taux d’entrepreneuriat féminin est plus élevé en Afrique que dans toute autre région au monde». Cette accélération, sur ce continent désigné comme le mobile first continent, passe par l’usage du téléphone mobile pour les femmes, avec m-Santé, mobile Money, m-Learning, l’agriculture connectée …». Autant d’éléments qui sont gages, pour elles, d’une autre forme d’indépendance, d’une montée en compétences, d’inclusion financière et de gain de temps au quotidien. D’utilisatrices technophiles, elles veulent accéder maintenant au statut de conceptrices de ces applications. « Il est nécessaire de s’appuyer sur les femmes pour créer des applications qui répondent aux difficultés du quotidien en Afrique. Les esprits chagrins objecteront que l’entrepreneuriat féminin en Afrique se situe surtout dans l’économie informelle. C’est exact. Mais ces femmes, et c’est une innovation majeure, disposent d’applications pour développer leurs activités. Elles sont en mesure d’« ubériser » leur quotidien ». L’ambition aujourd’hui est de permettre à des femmes aux revenus situés entre 4$ et 10$ par jour, de tout simplement doubler leurs rémunérations grâce aux applications mobiles qu’elles concevront. A Nairobi, par exemple, AkiraChix forme les femmes au code et les accompagne dans la création de leurs start-up. Les fondatrices étaient présentes en 2016 à Afrobytes.

Le plus important challenge sur le continent : l’accès à l’information et aux opportunités

« Au-delà des femmes, il faut connecter tous les acteurs et créer la rencontre. Le plus important challenge sur le continent est l’accès à l’information et aux opportunités. Des choses se font au Bénin et ne sont pas forcément connues au Togo. C’est ce que nous tentons de faire à Afrobytes : réduire toutes les barrières qui pourraient empêcher la collaboration. Cette année, par exemple, nous allons accueillir un grand nombre d’initiatives autour du code et des femmes. Les personnes que nous allons rassembler vivent en Afrique du Sud, au Maroc au Nigeria mais elles ne se connaissent pas et parfois même n’ont pas idée de leur existence. C’est mon plus grand plaisir de les voir se rencontrer à Afrobytes et ma plus grande fierté est d’entendre qu’elles travaillent ensemble. Nous avons chaque année une session qui s’appelle Meet the tech hubs et ce qui est vraiment génial c’est que la plupart du temps ils se rencontrent à Afrobytes. Cette année nous allons faire venir le Malawi, la Somalie, Djibouti, la Tanzanie et la RDC, ils ne se connaissent pas et je me réjouis déjà de ce que ces rencontres vont donner. »