Joly Andres : « La diversité constitue un véritable levier de croissance pour l’entreprise »

De son parcours semé d’embûches, de Libreville à la France, de rêves en désillusions, dans l’univers des grands groupes du CAC 40, Joly Andres en a fait son engagement. Aujourd’hui, cadre au sein d’un groupe industriel français, elle milite contre toutes les formes de discrimination.

A la Conquête du bonheur professionnel*, une quête chère à toute jeune femme active. C’est également le titre du livre, publié en 2017, par Joly Andres. L’auteur revient sur son cheminement professionnel parfois difficile. Née dans un milieu privilégié, à Libreville, au Gabon, Joly souhaitait réussir par ses propres moyens. Elle poursuit alors des études supérieures en France, intégrant de prestigieux établissements comme l’Ecole des hautes études internationales et politiques (HEIP Paris) et l’Institut libre d’études en relations internationales (Ileri).
Joly décroche ainsi une série de diplômes qui lui donne l’assurance d’entrer dans la vie active par la voie royale. Elle frappe alors aux portes des grandes entreprises françaises et décroche très vite un poste au sein de la Direction des achats d’un groupe pétrolier. « J’ai commencé par un stage puis j’ai été encouragée à postuler. Ma candidature a été validée mais déclinée en raison de l’absence de poste disponible ». Elle enchaîne alors plusieurs missions d’intérim dans cette même entreprise, puis chez un leader mondial de la sécurité et de la défense et d’autres fleurons français du Cac 40. « J’ai mis environ dix ans à décrocher un emploi stable. Alors que je voyais les autres intérimaires se faire embaucher, je restais systématiquement sur le carreau… Mon défaut : ne pas être blonde aux yeux bleus ».

Un engagement au service de la promotion de la diversité

Désenchantée mais persévérante, Joly a su transformer ces difficultés en engagement. Aujourd’hui cadre au sein du groupe industriel français, Engie, elle milite contre toutes les formes de discrimination. « Le sujet de la diversité et des luttes contre les discriminations reste d’actualité au sein des entreprises françaises. Des avancées ont été constatées depuis l’adoption par l’Assemblée nationale de lois en 2008, la mise en place de quotas grâce à la loi Copé-Zimmermann ou encore de labels comme celui en faveur de la diversité. Cela ne suffit pourtant pas à régler la question », juge-t-elle. « En effet, force est de constater que cette diversité, bien représentée à la base de la pyramide managériale, demeure quasi inexistante au sommet. Cette discrimination touche les femmes en général mais surtout celles issues de la diversité, malgré leurs compétences. Je reste persuadée que la diversité des genres, des origines, des parcours, constitue un véritable levier de croissance et de développement pour les entreprises. A condition que celle-ci ne serve pas uniquement de faire-valoir, mais puisse pleinement exprimer son talent. »

Membre du réseau Women In Networking, au sein d’Engie, elle participe à la promotion du leadership féminin. En Afrique, en particulier, son continent qu’elle n’a jamais quitté. « S’il est vrai que l’Afrique demeure caractérisé par les paradoxes, il me semble que l’avenir du continent et son développement passent par la vitalité de sa population. 43% des Africains sont âgés de moins de vingt ans et plus de la moitié sont des femmes. Priorité doit donc être donnée à l’éducation, notamment la jeunesse. L’accès à l’énergie et la révolution digitale constituent des vecteurs importants pour permettre l’accès à un enseignement de qualité au plus grand nombre. Évitons que cette génération devienne otage d’une précarité, souvent considérée comme une fatalité par ces populations ». Un message qu’elle rappelle lors de ses conférences, en France et en Afrique, où elle intervient pour parler diversité et leadership féminin.

Une femme de réseaux

Cet engagement l’a naturellement conduit à participer, en septembre 2017, au premier sommet mondial de Women In Africa Initiative, à Marrakech. « Ce forum, au cours duquel des femmes venant de tous les horizons, travaillant entre l’Afrique, l’Europe et les États-Unis, se sont rassemblées, donne un aperçu des potentialités du leadership féminin. Ces rencontres, vitrines de l’entrepreneuriat au féminin, démontrent que l’esprit d’entreprise imprègne les sociétés africaines mais manque de visibilité. Depuis mes lointains souvenirs, j’ai toujours vu les femmes entreprendre en Afrique, s’investir dans les domaines politique, économique et social, tout en restant de véritables piliers au foyer. Ce rôle a été souvent relégué au second plan. C’est pourquoi les réseaux comme WIA Initiative se révèlent utiles pour trouver des outils de gestion, permettre de passer du mode artisanal à une organisation plus pérenne. N’oublions pas que l’Occident dispose d’avancées technologiques, économiques et sociales dont l’Afrique ne peut se passer ».

*A la Conquête du bonheur professionnel, Joly Andres, ed. Livre Actualité, 2017