Patricia Veringa-Gieskes : « Nous devons former les jeunes de notre pays ! »

Créé en 2006, The Job Factory, première agence de recrutement en République Démocratique du Congo veut relever le défi de la formation. Fruit de l’obstination de Patricia Veringa-Gieskes, néerlando-congolaise, membre du patronat national, The Job Factory participe à faire évoluer le marché du travail au RDC. En faveur des femmes notamment.

Former les générations futures, c’est le leitmotiv de Patricia Veringa-Gieskes. Née en République Démocratique du Congo (RDC), d’où elle part toute petite, elle se forme en Belgique au sein d’importantes sociétés européennes et américaines. Dotée d’une riche expérience tant en management qu’en informatique, elle part ensuite pour l’Afrique du Sud travailler au sein d’une multinationale. Par amour, elle retourne à Kinshasa. Un pays que finalement elle ne connaît que peu. « Quand je suis arrivée, la capitale n’était pas aussi jolie que maintenant, les conditions de vie n’étaient pas les mêmes », se souvient-elle. « J’ai travaillé deux ans en tant que numéro deux de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). A un moment, j’ai été amené à recruter des employés pour une mission avec des compétences précises. J’ai cherché en vain une société de recrutement comme il s’en trouve en Europe. »

L’idée commence à germer dans son esprit. Elle décide de se lancer et crée, en 2006, The Job Factory, un cabinet de recrutement. Avec une exigence qui fera son succès : travailler aux normes européennes. Seule à la barre au départ, Patricia s’entoure ensuite d’un assistant. Elle emploie aujourd’hui une vingtaine de collaborateurs et a également ouvert des agences au Rwanda et au Burundi, sans compter des partenaires dans plusieurs pays.

« Une vraie patriote ! »

Cette mère de quatre enfants, à la tête de la commission nationale sociale de la FEC (Fédération des Entreprises du Congo), ainsi que du conseil d’administration de la FEC, « qui ne compte que trois femmes chefs d’entreprise ! » précise-t-elle, Patricia se définit comme une « vrai patriote ». Par amour pour son pays, elle s’investit aujourd’hui autour du point faible de la RDC : la formation. « Nous avons mis en place un centre de formation, agréé par le ministère de l’emploi. Nous n’arrivions pas à faire engager les Congolais. Il fallait agir. Nous devons former les jeunes de notre pays ! La RD Congo dispose d’énormément de richesses, et pas seulement des mines. Sa jeunesse aussi mérite d’être valorisée. Ce mouvement est en train de se faire. » Et elle y travaille. Au sein du patronat notamment. « Cette commission est en charge de toutes les matières en relation avec le code du travail et le monde du travail en RDC, ainsi que des relations avec les partenaires sociaux comme les syndicalistes et le gouvernement. Nous avons un rôle important, essentiel. » A travers également l’Institut National de Préparation Professionnelle (INPP), un établissement public en charge de la formation professionnelle avec des partenaires tel que l’Agence Française de Développement (AFD). « Nous avons construit plus de cinq bâtiments dans l’ensemble du pays et formons plus de 35 000 personnes par an ».

Parallèlement, récemment nommée marraine de la Maison de l’Afrique à Nantes, elle contribue au renouvellement des relations franco-africaines. « Ce partenariat est une première en France et permettra de booster les relations économiques avec cette ville, Nantes, au passé historique avec l’Afrique, tout comme la trajectoire personnelle de son maire, une femme ».

« Travailler dans l’informel équivaut à une absence d’existence »

Dans son viseur, les femmes, justement. « Je les accompagne en essayant de leur donner accès aux circuits fermés comme le patronat et d’autres institutions. Je suis également en train de travailler sur un projet avec la Banque Mondiale : un programme de formation pratique des entrepreneurs. Je participe à de nombreux séminaires dédiés au développement personnel et au leadership féminin. » Au Congo comme ailleurs sur le continent, le défi demeure d’amener les femmes qui entreprennent dans l’informel à officialiser leur activité. « Travailler dans l’informel équivaut à une absence d’existence. Il existe différents réseaux de femmes aujourd’hui en RDC ainsi que dans la sous-région. Nous rencontrons des difficultés de leadership mais ceci est lié à la nouveauté de ces réseaux. Chacun veut être chef, car les femmes sont de très bons leaders, mais en communauté il faut une instance de décision ! Ces réseaux sont d’une importance capitale car nécessaires à la rencontre de femmes aux visions différentes, pour le plaidoyer, la prise de conscience de nos droits, et surtout participer aux innovations et à la marche du monde. » En attendant, The Job Factory continue sa route et veut relever le pari de la digitalisation. « Nous sommes en train de travailler sur un nouveau concept ». A suivre.