K-Lab : « encourager l’entrepreneuriat des jeunes des filles comme celui des garçons »

Créé en 2012 à Kigali (Rwanda), K-Lab pour « Knowledge Laboratory » (« laboratoire de la connaissance » en français) se veut un espace collaboratif gratuit dédié aux entrepreneurs en herbe. Grâce à quelques initiatives, K-Lab encourager la présence de filles. Pour preuve : elles représentent désormais plus de 30% des projets en incubation !

Les idées les plus simples sont souvent à l’origine des plus grandes réussites. «En 2012, Nous étions encore marqués par la récente révolution en Tunisie. Les statistiques du chômage dans notre pays devenaient importantes, surtout chez les jeunes de moins de 35 ans qui représentent 70% de notre population. Si nous ne faisions rien, ces chiffres allaient se transformer en poudrière. » L’inquiétude d’Aphrodice Mutangana, co-fondateur de K-Lab, était légitime. Son pays, le Rwanda, a déjà vécu un drame il y a vingt-cinq ans, un génocide. « Nous devions faire quelque chose. Et vite ! » ajoute-t-il..

« Les jeunes viennent juste avec leurs idées. Nous, nous les aidons à les transformer en réalité »

L’idée de K-Lab était née. Abréviation de « Knowledge Laboratory » (« laboratoire de la connaissance» en français), K-Lab se veut un espace collaboratif gratuit dédié aux jeunes entrepreneurs. Entre 2012, date de sa création, et fin 2016, plus de 50 000 entrepreneurs en herbe sont passées par cet incubateur. Certains d’entre eux dominent aujourd’hui le marché national, régional et international. « Le concept de K-Lab est simple : un open-space accessible à tous, gratuitement, et ouvert 24 heures sur 24 où les jeunes viennent juste avec leurs idées. Nous, nous les aidons à les transformer en réalité » explique Aphrodice Mutangana.
Jonché sur l’une des collines qui font la réputation de Kigali, les locaux de K-Lab sont devenus un passage incontournable pour les visiteurs. Y compris les personnalités de marque telles que Marc Zuckerberg, le fondateur de Facebook ou Barack Obama. Au cœur du concept, le mentoring. En plus d’un lieu de travail, les porteurs de projet viennent partager, échanger, confronter leurs idées et bénéficier de l’expérience des autres. A commencer par celle des mentors de K-Lab, des professionnels aguerris qui travaillent pour les plus grands groupes nationaux et internationaux présents au Rwanda.
Wifi, bureaux, salles de réunions, espace détente avec un baby-foot, mais aussi décoration inspirante avec des citations au mur pour vous remotiver en cas de blues… K-Lab, c’est tout un écosystème propice à la création et à l’innovation. Autre point fort : son accès entièrement gratuit. Un principe cher à Aphrodice Mutangana. « Quand j’étais petit, j’étais toujours le deuxième de la classe. Devant moi, un garçon, était toujours le premier. Il n’a pas pu aller au secondaire faute de moyens. Je ne l’ai pas oublié. Même si on ne demande que 5000 Francs rwandais, ce qui revient à moins de 5 dollars, il y aura toujours quelqu’un qui ne pourra pas payer alors qu’il a des projets. Si je l’aide, d’ici deux ou trois ans, il pourra devenir quelqu’un. »

Innover et développer des modèles économiques

Le projet a été rendu autonome et viable grâce à l’innovation et au développement d’un nouveau modèle économique. « Nous avons trois sources de revenus. La première consiste à miser sur les partenariats avec des entreprises dans le cadre de leur politique RSE (responsabilité sociale et environnementale). Par exemple, l’un de nos membres souhaite développer un projet dans l’éducation, qui s’inscrit dans une politique RSE. Nous invitons alors les partenaires à le financer dans ce cadre. La deuxième source de revenus provient du développement de solutions pour des organisations. Actuellement, par exemple, nous concevons des applications pour fournir aux agriculteurs des indications météorologiques, à la demande de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture). Enfin, nous recevons aussi des dons même si nous sommes désormais indépendants financièrement via les partenariats et le développement de solutions ». Le moment est donc venu pour la structure de voler de ses propres ailes. « Nous lançons le quatrième business plan. Nous allons construire K-Lab City. Notre propre espace. Il y aura un stade, un hôpital, des hôtels… »

« Alors qu’entre 2015-2016, nous n’avions que 12 % de filles, désormais nous en avons plus de 30% »

D’ici-là, et parce que K-Lab est toujours au cœur de l’innovation, Aphrodice Mutangana a développé un autre concept. Cette fois pour susciter davantage de vocations auprès des filles. « Nous nous sommes rendus compte que nous n’avions une sur représentation masculine. Pour encourager leur présence, nous avons proposé à chaque groupe d’entrepreneurs qui proposait l’intégration d’une fille au sein de leur structure se verrait offrir une table de travail. Résultat, alors qu’entre 2015-2016, nous n’avions que 12 % de filles, désormais nous en avons plus de 30% ». Et pour s’assurer que les filles ne servent pas de simple caution, une règle a été imposée : la jeune femme doit être membre du conseil d’administration de l’entreprise en herbe et donc non reléguée à un rôle d’assistance ou gestionnaire. « Cela a tellement bien marché que certains sont partis chercher d’autres filles. Ils se sont rendus compte que cette mixité enrichissait leur groupe, apportait une plus-value à leur projet. » Elle a également donné de l’assurance à certaines filles qui progressivement ont développé leur propre projet entrepreneurial. CQFD.

Pour en savoir plus : klab.rw

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