Michelle Kouao, le visage féminin du transport routier ivoirien

Troisième meilleur prix d’excellence national en 2017 pour le secteur du transport routier de voyageurs, Michelle Kouao a su s’imposer dans le difficile microcosme ivoirien où les hommes sont majoritaires. Plus pour longtemps.

Jeune femme discrète, Michelle Kouao Ama n’en n’est pas moins la présidente directrice générale de la compagnie de transport routier, KS Transport, pour Kouao Samuel, du nom du père et fondateur de la société. Pieds aux ongles vernis et mains dans la boue et le cambouis à la gare routière d’Adjamé, à Abidjan, Michelle a hérité de la direction de l’entreprise en 2002, sans trop y avoir songé.

« Les hommes m’ont beaucoup sous-estimée. Mais, en silence, j’apprenais »

« En 2002, peu avant sa mort, mon père m’a demandé de venir travailler avec lui. À la gare, je suis aujourd’hui pour tous ces jeunes travaillent ici, la vieille-mère. ».

Auparavant, elle a dû faire ses preuves. « Les hommes m’ont beaucoup sous-estimée. Mais, en silence, j’apprenais » indique-t-elle. Elle estime que « c’est dans la boue que se trouve le grand bonheur. Il ne faut pas avoir peur de se salir les mains ». Pour une femme, c’est un véritable challenge !

En Côte d’Ivoire, le milieu du transport routier des voyageurs et de marchandises est réputé difficile. À la mort de son père, Michelle Kouao est prête à relever le défi. Mais, au cours de la crise postélectorale de 2010, treize de ses autocars d’une valeur de 120 millions de francs CFA (18 294 euros) ont été incendiés. Loin de se décourager, elle est aujourd’hui l’une des rares femmes à la tête d’une compagnie de transport de voyageurs dans le pays. « Dans un monde où l’individualisme est de mise, être une femme demande davantage de solidarité » observe-t-elle. « Seule, je ne peux rien faire. Avec mes employés, nous formons une équipe. Il faut rester humble, simple et accessible ».

Son ardeur au travail lui a valu la reconnaissance de la République. En 2017, elle a reçu le 3ème Meilleur Prix d’excellence du transport routier de voyageurs avec vingt-sept cars. « Je me bats sans cesse d’autant que l’Etat ne m’a pas dédommagée suite à la destruction de mes véhicules qui été détruits dans une affaire politique où je n’étais pas mêlée » relève celle qui est aussi l’une des patronnes de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI).

« Une femme éduquée bénéficie à toute la société. Elle est la boussole de la vie »

Michelle Kouao, troisième à gauche, récompensée pour son parcours professionnel.

Pour la pieuse Michelle Kouao qui multiplie les actions de charité, « une femme éduquée bénéficie à toute la société. Elle est la boussole de la vie ». Aussi, voit-elle en ce Prix d’Excellence national, un « signe d’encouragement à avancer et aider les autres femmes à mieux faire. J’aime mon travail et je le fais avec beaucoup de courage et de passion » insiste Michelle qui se fond dans la masse de voyageurs. Pour cette férue de voyages, « l’accompagnement des femmes qui veulent entreprendre en Côte d’Ivoire n’est pas encore très visible ».

Qu’aurait-elle fait si elle n’avait pas été dans le transport ? « Commerçante » sans doute. Mais aujourd’hui elle entend bien contribuer à l’évolution du secteur où elle opère. Par l’innovation. Elle est ainsi la première à avoir fait circuler des cars climatisés entre Abidjan et les villes secondaires du pays.