Charlotte Libog : une paysanne connectée

Après avoir démarré sa carrière dans le commerce en ligne, Charlotte Libog s’est lancé dans l’agriculture. Malgré des débuts malheureux, elle a persévéré et milite aujourd’hui en faveur de l’entrepreneuriat agricole à travers la plateforme « Afrique Grenier du Monde ».

A la voir se déplacer avec élégance et s’exprimer avec aisance, difficile d’imaginer de prime abord que Charlotte Libog est agricultrice. « Je suis native à Yaoundé au Cameroun et j’y ai grandi jusqu’à l’âge de 18 ans, avant de continuer mes études supérieures en France. Je suis titulaire d’un troisième cycle en e-business et j’ai évolué dans ce secteur pendant de nombreuses années. »

Mais l’amour de la terre la rattrape. « Comme de nombreux Africains, j’ai grandi avec une image dévalorisante du monde rural. D’ailleurs de nombreux parents, y compris les miens, aiment dire à leur progéniture : « Attention, travaille bien à l’école, sinon tu te retrouveras dans les champs au village ! « 

« Pourtant l’agriculture constitue aujourd’hui un secteur-clé en Afrique. J’ai pu prendre conscience de cette réalité grâce à un collègue rencontré durant mon passage chez un éditeur de logiciels ». Ce dernier lui raconte qu’il a investi dans la terre, au Cameroun. Elle en fera autant. L’expérience est amère mais loin de la décourager. « J’ai acheté un terrain afin de me lancer dans la production de cultures vivrières, sans succès malheureusement. Cette expérience, malgré tout enrichissante, m’a permis de découvrir l’immense pénurie du secteur en termes d’information et d’accompagnement pour l’entrepreneur, et c’est ce qui a motivé la création de la plateforme « Afrique Grenier du Monde »».

Avec Afrique Grenier du monde, Charlotte Libog plaide en faveur de l’entreprenariat agricole auprès des décideurs du continent

« Je me définis comme une entrepreneure agricole et une militante pour la promotion de l’agrobusiness en Afrique subsaharienne. »

Cette plateforme milite en faveur de l’entrepreneuriat agricole et se veut force de proposition, à travers des rapports et des conférences pour faire de l’agriculture en Afrique « le grenier du monde ». « Je me définis comme une entrepreneure agricole et une militante pour la promotion de l’agrobusiness en Afrique subsaharienne. Ce continent regorge de richesses agricoles qu’il reste encore à exploiter, mais paradoxalement, il est encore largement importateur de denrées alimentaires ».

Charlotte Libog et le président de la chambre du commerce du Bénin, l’agro-industriel Jean-Baptiste Satchivi

Le numérique appliqué à l’agriculture

Parmi les solutions qu’elle préconise : le recours aux nouvelles technologies. « Aujourd’hui, j’apprécie d’appliquer le numérique à l’agriculture en Afrique grâce à la plateforme « Afrique Grenier du Monde », dédiée à la promotion de l’entrepreneuriat agricole en valorisant l’ensemble de la chaîne via un dispositif dénommé Isap (Information, Sensibilisation, Accompagnement et Plaidoyer) et d’autre part le Fagem (lefagem.com), un rendez-vous annuel dédié à la promotion des solutions agro-digitales essentielles pour la croissance du secteur agricole et agroalimentaire. C’est ma manière d’apporter une contribution significative à un développement inclusif et durable en Afrique ».

Lors de rendez-vous, elle réunit des acteurs publics et privés ainsi que des partenaires extérieures. A l’occasion, il ne faut pas se fier à son charme naturel, Charlotte n’hésite pas à les mettre face à leur contradiction, sourire aux lèvres. Son discours est avisé. « Le plaidoyer est venu comme une nécessité. Evidemment, les efforts du secteur privé, de la paysannerie, des politiques et institutionnels en Afrique doivent être soutenus par une révision des accords internationaux en matière d’échanges commerciaux. La libéralisation globale actuelle, instaurée par les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a introduit une distorsion des prix qui n’est pas toujours favorable à la production locale ».

Si les jeunes demeurent au cœur de son « plaidoyer », les femmes, principale main-d’œuvre agricole sur le continent, nécessitent un accompagnement spécifique, selon elle. « Les femmes jouent un rôle capital depuis la nuit des temps en Afrique, comme ailleurs. Tous les acteurs le reconnaissent aujourd’hui, la femme est une actrice incontournable d’un réel développement en Afrique. Nous le savons, nous le disons. Il est grand temps qu’ensemble, nous puissions sortir du discours, casser les clichés sociétaux qui handicapent encore une réelle promotion du leadership féminin en Afrique, et accompagner les actrices du développement aussi bien en zone urbaine qu’en zone rurale, vers une réelle libération de leur potentiel ».

WIA Initiative: « une nouvelle gouvernance par la promotion de l’émergence du leadership féminin en Afrique »

L’émergence d’un nouveau leadership passe par la création de réseaux. « Une plateforme comme Women In Africa Initiative symbolise réellement ce dont nous avons besoin aujourd’hui : une nouvelle gouvernance par la promotion de l’émergence du leadership féminin en Afrique avec l’implication de tous les acteurs : politiques et institutionnels, secteur privé, société civile et ceci aussi bien au niveau africain qu’international ».

Les Cafés AGM. Credit photo ANA