« Pour Stop Hunger, l’avenir de l’Afrique passe par ses femmes »

Stop Hunger, un réseau mondial d’organisations à but non lucratif, agit pour un monde sans faim. Il s’appuie sur le groupe Sodexo pour opérer dans 80 pays à travers le monde. Stop Hunger a choisi d’accompagner Women In Africa Initiative. Interview de Clodine Pincemin, Directrice de Stop Hunger et en charge du mécénat à Sodexo.

Le credo de Stop Hunger est d’agir pour un monde sans faim. Vaste programme ! Concrètement, quelles sont les actions que vous menez ?

Grâce au soutien financier de Sodexo, l’intégralité des dons faits à Stop Hunger bénéficient directement au financement d’activités dans trois domaines : l’aide locale aux plus démunis, l’autonomisation des femmes, solution idoine pour éliminer la faim au sein des communautés et l’aide d’urgence, en cas de catastrophes climatiques et humanitaires. Nous nous appuyons sur des partenariats internationaux dont le Programme Alimentaire Mondial (Pam) et les 1 200 ONG locales qu’il soutient.

Ce maillage d’associations constitue la force de votre démarche. Dans le domaine de l’aide, peut-on dire que l’union fait la force ?

En effet. En plus de soutenir le millier d’ONG et associations rattachées au Pam, Stop Hunger rassemble aussi des fondations, des fonds de dotation, des institutions et un trust, spécialement adapté à la législation de chaque pays : Belgique, Brésil, Canada, États-Unis, France, Inde, Roumanie et Royaume-Uni. Ces organisations locales facilitent les dons privés ou publics, organisent des levées de fonds et rendent des comptes à leurs donateurs. Elles permettent de répondre concrètement aux besoins des ONG et de leurs bénéficiaires.

Stop Hunger agit contre la faim dans le monde

Le réseau Women In Africa Iniative rapproche également des femmes et des organismes en faveur de l’entrepreneuriat féminin. C’est ce qui vous a rapproché ?

Nous voulons particulièrement agir en Afrique où le quart de l’humanité vivra en 2050. L’Afrique demeure un paradoxe. Son dynamisme économique attire les investisseurs, sa croissance avoisine les 3 % en 2018 et contribue de plus en plus à celle du monde, sa population est la plus jeune de la planète et ses ressources naturelles sont abondantes. Mais face à ces atouts considérables, 243 millions d’Africains souffrent de la faim, et la famine fait son retour dans la Corne de l’Afrique, en raison de conflits armés persistants. L’Afrique a donc tous les moyens de prendre une part active aux Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies. Il faut pour cela éliminé la faim, faire des femmes le moteur de l’agriculture et de l’économie en leur donnant accès aux mêmes ressources que les hommes : éducation, capitaux, propriété foncière, marchés… Pour Stop Hunger, l’avenir de l’Afrique passe par ses femmes.

L’une des pistes pour lutter contre la faim et la malnutrition consiste-t-elle à accompagner l’entrepreneuriat des femmes rurales ?

Le secteur agricole est un enjeu essentiel dans la lutte contre la pauvreté et l’un des moteurs de l’émergence. L’amélioration de sa productivité doit passer par les femmes. En Afrique, elles constituent près de 70 % de la force agricole et produisent environ 90 % des denrées alimentaires. Leur éducation, leur formation et les mêmes accès aux ressources que les hommes, augmenteront le rendement agricole. L’éducation des filles et des jeunes femmes reste aussi un défi majeur à relever sur le continent. L’entrepreneuriat féminin n’est pas seulement rural. Nous soutenons également des femmes commerçantes grâce aux « Trophées Femmes Stop Hunger », avec lesquelles nous créons des programmes.

Stop Hunger intervient pour l’autonomisation des femmes en Afrique

Quelles actions Stop Hunger a mené pour soutenir l’autonomisation des femmes ?

En 2017, nous avons investi plus d’un million de dollars dans des programmes visant à autonomiser les femmes qui agissent contre la faim dans leurs communautés. Ces programmes sont exemplaires en termes d’autosuffisance alimentaire, d’éducation, de formation et d’accès à l’emploi. Concernant l’autosuffisance alimentaire, en Afrique du Sud, nous soutenons Nonhlanhla Joye et sa start-up Umgibe, un modèle économique et social de micro-coopératives maraîchères qui fait vivre trois mille familles des townships de Durban. Concernant l’éducation, Stop Hunger est partenaire depuis trois ans de l’école « Happy Chandara » à Phnom Penh au Cambodge, fondée par Tina Kieffer. Ce campus scolarise 1 200 jeunes filles, issues de familles dans l’extrême pauvreté. Enfin, concernant la formation et l’accès à l’emploi, en Inde, nous participons avec le Pam et les experts de Sodexo à un programme de formation sur la sécurité alimentaire en milieu scolaire. Environ 300 000 femmes pourront acquérir ces compétences et trouver un emploi grâce à cette initiative.

Trophées Femmes Stop Hunger 2017

Vous intervenez dans 80 pays, quelle est la particularité de votre action en Afrique ?

Avec l’appui des experts de Sodexo, nous aidons le Pam à modéliser un programme durable de repas scolaires gratuits, et intensifier ses actions auprès des femmes. Ce programme de coopération, majoritairement déployé en Afrique, stimule la production, la consommation et les économies locales : les écoles achètent des denrées alimentaires auprès des petits producteurs et des commerçants. Cela permet de créer un circuit local qui bénéficient à tous. Grâce au mécénat de compétences développé par Stop Hunger, « YEAH! Program » (Your Engagement Advanced Hub), nous nous appuyons sur les expertises en approvisionnements, en hygiène et sécurité alimentaire, en nutrition, des équipes de Sodexo, pour garantir la qualité et la variété des repas scolaires. Nous contribuons ainsi à améliorer la santé et la vie de millions d’enfants sur le continent.

Clodine PINCEMIN; Stop Hunger President

Et comment s’inscrit votre partenariat avec WIA Initiative dans toutes ces actions ?

Nous soutenons WIA Initiative, car nous partageons la même vision et la même volonté d’accompagner l’autonomisation des femmes africaines, et le développement de leurs entreprises.

Vous allez remettre le prix de l’innovation agricole lors du prochain sommet de WIA Initiative. Peut-on dire que ce secteur a été révolutionné par les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) ?

Bien sûr, le nombre d’internautes et de téléphones portables explosent, mais moins de 30 % d’Africains a encore accès à Internet et les disparités entre les pays restent colossales. Seulement dix pays, la plupart côtiers, concentreraient 80 % des utilisateurs. Là encore les différences entre hommes et femmes demeurent élevées. L’internet, après la faim, est un autre défi à relever pour le continent.

Trophées Femmes Stop Hunger 2018