Gnylane Thiam Traoré : « Apprenez à écouter ! »

La Sénégalaise Gnylane Thiam Traoré, CEO de Devnetwork Africa, a animé une master-class pendant le sommet Régional Afrique de l’Ouest Women In Africa (WIA) Initiative de Dakar sur le thème « Femmes entrepreneures : écouter notre voix, apprendre à écouter. ». Rencontre.

Gnylane Thiam Traoré qui a vu le jour en Éthiopie , a grandi et fait ses premières classes au Sénégal. Digne héritière de la reine de Saba, elle maîtrise l’art du leadership. Autrement dit, celui de mener une équipe.
Diplômée en histoire contemporaine de l’université de la Sorbonne, à Paris, formée au sein des plus grandes institutions internationales dont les Nations-Unies et la Banque Mondiale, elle a très vite trouvé sa place dans les ressources humaines. «J’ai aidé les équipes à développer leurs compétences, à réfléchir autrement, à favoriser l’épanouissement des collaborateurs pour une plus grande efficacité de l’entreprise ».
Forte de cette expertise, elle est rentrée à Dakar en 2013 pour créer Devnetwork Africa, un cabinet spécialisé dans le coaching d’entreprise. De grands groupes comme Orange ou Gras Savoye comptent parmi ses clients. Devnetwork Africa opère au Sénégal mais aussi dans toute la zone francophone.

Une méthodologie innovante : le « co-développement »

Dans le cadre du Sommet de WIA Initiative, qui s’est tenu le 12 avril 2018 l’École des Sables, à une heure de Dakar, elle a animé une master-class sur le thème « Femmes entrepreneures : écouter notre voix, apprendre à écouter». Un exercice qui fait appel à une méthodologie novatrice empruntée aux Anglo-saxons, celle du co-développement. « Quand les organisateurs m’ont sollicitée, je leur ai d’abord demandé les besoins des participants. J’ai constaté chez les personnes que nous accompagnons que la question du travail en commun, la manière de trouver des réponses ensemble, constitue quelque chose d’intéressant et d’utile ». Cette master-class a ainsi permis aux participants de pouvoir, dans un temps réduit – une heure – relever leur propre défi et répondre à celui des autres participants grâce à des techniques spécifiques. « Nous avons par exemple demandé aux participants, une quinzaine environ, des chefs d’entreprises et des hauts cadres, d’identifier leurs défis. Nous avons alors créé un espace de co-construction : chacun y exposé son défi. Puis le groupe s’est consolidé en « ressource » pour identifier des solutions. Avec une consigne à respecter : il faut bien écouter et pas tout de suite donner des conseils. Être dans une écoute active et bienveillante. »

Lors de l’étape suivante, la personne dont le défi a été retenu, a été prise en charge par Gnylane Thiam Traoré pour un coaching actif. Puis les participants lui ont proposé des solutions auxquelles elle n’avait parfois jamais pensé. « Nous n’imaginons pas toujours que nous pouvons trouver des solutions avec des personnes que nous ne connaissons pas. Même les personnes qui n’avaient pas présenté leur défi ont trouvé des réponses à travers celui des autres. Elles ont découvert que manager une PME, diriger une grande entreprise ou assumer des fonctions d’encadrement dans un cabinet d’envergure, relèvent finalement des mêmes difficultés. Lors de la master-class à l’Ecole des Sable, les retours ont été très positifs. J’ai continué par la suite à échanger par mail avec les participantes. C’est notre posture à Devnet : se soutenir. Souvent les femmes managers se sentent seules. Grâce à cette master-class, elles ont trouvé une forme d’accompagnement à travers notre méthodologie de co-développement. ».

A l’issue de son intervention, Gnylane Thiam Traoré a partagé son expertise avec d’autres femmes. « Participer à ce sommet a été très enrichissant pour moi. En termes de rencontres notamment. Même si je vis à Dakar, j’ai échangé avec des personnes que je ne connaissais pas. Le concept de master-class est très intéressant parce que c’est l’occasion de trouver, immédiatement, des solutions à des problèmes que l’on se pose. Il faudrait accorder plus de temps à ces moments précieux au cours desquels les femmes peuvent se poser dans un espace bienveillant où nous sommes là pour elles. Écouter sans être jugé dans un environnement bienveillant. » L’une des clés, selon elle, de la réussite entrepreneuriale !

Pour en savoir plus : devnetworkafrica.net

Un défi de taille pour tout entrepreneur : la délégation

Parmi les défis à relever qui ont émergé lors de cette master-class, celui de la délégation a été étudié à l’aune du co-développement. « J’ai l’impression que mon équipe ne comprend pas ce que je lui demande. » a expliqué une participante

Les solutions préconisées par Gnylane Thiam Traoré :

– Un préalable : Exprimer clairement ses attentes
« Il faut commencer par se poser la question : est-ce que j’ai défini des termes de référence ? ( ?? plutôt utiliser des termes ?) Ensuite, je conseille de parler de ses attentes en tant que manager de manière explicite, d’évoquer ses difficultés avec ses collaborateurs, d’échanger sur des choses qui ont marché ailleurs… « Finalement, cette femme s’est rendue compte à la fin de l’exercice qu’elle était partie bille en tête, parce que quand on est chef d’entreprise on doit aller vite. Et on oublie parfois la gestion d’équipe. C’est quelque chose qui est ressorti très fortement de cette session. »

– Première solution : être lucide sur ses forces et ses capacités
« Je dois avant tout préciser mes attentes, être en capacité d’écouter, être sûre que le message est compris, pour éviter de tout recommencer par la suite. Ceci étant fait, la première des solutions, avant de pouvoir manager, est de se manager soi-même. Autrement dit, être lucide sur ses forces et ses faiblesses. Souvent les gens font l’impasse sur cette connaissance d’eux-mêmes. »

– Deuxième solution : connaître son équipe
« Il est essentiel d’essayer de bien connaître son équipe. A travers les motivations des uns et des autres, savoir quels sont les talents de chacun. Si l’un est plutôt bon dans un domaine en particulier, l’autre dans un autre. Cela permet d’organiser les ressources de façon efficace pour l’entreprise et épanouissante pour les équipes. »

– Troisième solution : communiquer de façon authentique
« L’autre défi majeur est de savoir communiquer, de manière authentique, sur sa vision et ses difficultés. Souvent, et davantage que les hommes, les femmes n’osent pas demander de l’aide. Or ce sont les fondamentaux de la communication. Une fois ses attentes exprimées, il faut ensuite s’assurer que ses équipes adhèrent à cette vision. Les hommes ne sont pas des machines. Très souvent, le problème dans les sociétés est que sur le plan technique, les personnes sont opérationnelles, mais pas sur le plan émotionnel. Et c’est pourtant ce qui fait la différence entre une équipe efficace et une qui ne l’est pas. »