Tigui Camara : « Aucun domaine n’est réservé aux hommes. »

Ancien mannequin, Tigui Camara a abandonné les strass et les paillettes pour se lancer dans l’exploitation minière. Aujourd’hui à la tête de Tigui Mining Group (TMG), elle use de son podium pour plaider en faveur des femmes.

« En Guinée comme en Côte d’Ivoire, plus de 40% de femmes travaillent dans le secteur minier artisanal dans des conditions particulièrement difficiles. Alors que, dans les grandes compagnies, les femmes sont cantonnées à des rôles non décisionnaires » rappelle Tigui Camara, présidente de la holding Tigui Mining Group (TMG). Une réalité qu’elle n’admet toujours pas.

« Aujourd’hui, je suis la seule femme propriétaire d’une compagnie minière en Afrique de l’Ouest »

Née à Conakry en Guinée, fille de Mohamed Mounir Camara, ancien président du Conseil national de la communication, Tigui a grandi dans un univers très politique. Cet environnement a forgé son caractère. Après des études au Maroc et aux Etats-Unis, Tigui Camara s’est lancée dans le mannequinat. En défilant pour les plus grands bijoutiers, elle découvre l’un des drames de l’Afrique : la fuite de ses ressources minières.

« Je suis passée du mannequinat à l’entrepreneuriat minier, un milieu réputé plutôt fermé et réservé aux hommes. J’ai fondé Tigui Mining Group (TMG) en 2012 dans le but de créer un conglomérat de sociétés spécialisées dans l’exploitation des ressources naturelles. Aujourd’hui, j’appartiens au cercle restreint des plus jeunes dirigeants d’entreprises. Je suis la seule femme propriétaire d’une compagnie minière en Afrique de l’Ouest. J’ai su désamorcer les préjugés liés à mon genre pour m’imposer en tant que femme d’affaires. »

Opérant en Guinée et en Côte d’Ivoire, son groupe développe des projets stratégiques dans les secteurs miniers et agricoles. TMG est évalué à 40 millions de dollars, en termes d’acquisitions de licences minières. Femme d’affaires avisée, Tigui Camara a diversifié et développé ses activités à travers la création de la filière Camara Diamond & Gold Trading Network (CDGTN), une filiale de TMG, créée en 2009, exclusivement en charge des activités d’exploration minière en Guinée.

« Nous sommes présents en Côte d’Ivoire depuis le début de l’année 2014, sous le nom de Tigui Mining Group Cote d’Ivoire (TMG-CI). Le groupe TMG a un bureau représentatif à New York et emploie aujourd’hui
 cinquante personnes. TMG se diversifie lentement mais sûrement, élargissant ses activités dans tous les domaines économiquement viables et potentiellement porteurs de développement durable et inclusif. A savoir l’agriculture, la pêche, l’aviation privée, l’immobilier, le pétrole ou encore les infrastructures. L’année 2018 a été marquée par la mise en place de nos premières activités dans le domaine de l’infrastructure. Et, depuis le mois de juin, nous avons entamé nos premières activités immobilières par l’acquisition de terres. Elles serviront à la réalisation de programmes destinés au social, au tertiaire et à l’hôtellerie à Bouaflé en Côte d’Ivoire ».

Une réussite au service de l’Afrique

Tigui Camara a en outre ajouté une corde à son arc en accord avec sa première vie. « J’ai fondé en 2010 Danke1975, une ligne de soins cosmétiques à base de produits organiques ; TMC Group, société de consulting spécialisée dans le conseil aux investisseurs désirant s’implanter sur le continent africain et Foudis, la maison de couture haute gamme créée en 2002 à New York, où je réside en permanence depuis 1996. J’ambitionne de transformer Tigui Mining Group en multinationale. J’aimerais, à travers mes activités minières devenir une force incontournable dans le développement socio-économique de mon pays, la Guinée, et de l’Afrique, en général ».

Une réussite qu’elle doit à son ambition et à un tempérament d’acier. « Les phases de l’exploitation minière demandent un capital énorme et une détermination totale dans l’exécution et le suivi des activités. Il y a des contraintes externes, sociales, financières pour les femmes qui veulent faire carrière. Il ne faut pas le nier. Mais n’est-ce pas les mêmes que l’on rencontre dans la gestion de toutes entreprises ? » interroge-t-elle. Pour Tigui, les femmes ont toutes leur place dans le secteur minier, et pas seulement en bas de l’échelle. « Les femmes font la différence par leur force de caractère, leur persévérance et leur motivation. La première chose dont elles doivent être convaincues : aucun domaine n’est réservé aux hommes ».

« A force de persévérance, j’ai appris à me faire respecter en tant que femme et chef d’entreprise »

De ses faiblesses, Tigui Camara en a fait un atout pour évoluer dans un milieu marqué par la présence des multinationales. « Les difficultés ne manquent pas. Complexité du secteur d’abord, avec une rentabilité à long terme qui nécessite une bonne stratégie et une vision claire. L’instabilité politique des pays africains, peu propice à rassurer les investisseurs, m’a contraint à me financer sur fonds propres. Une particularité pour une compagnie minière junior gérée par une femme. Loin d’être découragée, je suis pragmatique et déterminée. Un mal pour un
bien puisque ce fonctionnement me permet une totale indépendance et la possibilité d’avancer à mon rythme. A force de persévérance, j’ai appris à me faire respecter en tant que femme et cheffe d’entreprise ».

Tigui Camara défend sa vision du management : « De mon point de vue, une femme n’est pas meilleure qu’un homme dans la gestion des entreprises. Seuls le leadership et les compétences comptent. On ne réussit pas parce qu’on est une femme ou un homme. Je crois fermement que la réussite dépend de la capacité intrinsèque de chaque individu. Etre une femme dans un milieu dominé par les hommes constitue une force dans mon cas. Je me distingue naturellement et attire une attention particulière sur mes activités. C’est un avantage significatif et une opportunité dont je tire parfaitement profit en mettant un accent sur la capacité, la valeur et l’évolution de la gente féminine dans l’industrie minière. Je sais exactement ce que je veux et me donne les moyens de ma politique ».

Un exemple pour le futur

Forte de sa position, elle utilise son podium pour mener un plaidoyer en faveur des femmes. « Mon objectif est de diriger des entreprises épanouies afin de donner un exemple de réussite. Il n’y a pas de domaine spécifique aux femmes ou aux hommes. L’important demeure de vouloir réussir. Pour cela, il faut être passionné par son travail, rester professionnel, s’éduquer et avoir la foi. En tant que mère, je me dois d’être un exemple pour ma fille et pour toute cette génération future. » Membre de plusieurs associations, plusieurs fois primée pour son parcours, Tigui se veut à la fois la voix et le visage des femmes dans le secteur minier. « Je pense avoir ouvert une voie à travers mon humble participation. Mon exemple encourage beaucoup de femmes à se lancer dans le domaine de leur choix. Le plus grand défi des entrepreneures aujourd’hui est de briser les barrières sociales et de trouver un accompagnement financier et des mentors pour les guider. L’Afrique dispose d’une main-d’œuvre jeune et croissante pour transformer notre continent en une puissance économique mondiale. Le défi reste l’égalité des chances pour accéder à l’éducation et au développement des compétences techniques pour les jeunes. ».

Pour Tigui Camara, l’apprentissage doit s’effectuer tout au long de la vie : « Ma réussite vient d’une maîtrise et une compréhension de mes activités. Cela nécessite de descendre sur le terrain. Il est important en tant que chef d’entreprise d’avoir une certaine connaissance de tous les différents aspects de développement de ses activités. Quelque soit le secteur de votre choix, vous vous devez d’être professionnel, courtois, discipliné et avoir un sens de l’organisation et du suivi exceptionnel. Il n’est jamais trop tard pour apprendre. Suivez des formations tout au long de votre carrière. N’ayez pas peur de l’échec car on apprend beaucoup de ses erreurs antérieures. L’important reste de se relever et de foncer avec plus d’ardeur pour aboutir à ses fins. Bousculez les stéréotypes ! N’hésitez pas à sortir de votre zone de confort et dépassez vos appréhensions, aussi légitimes soient-elles ».

« WIA Initiative se démarque par sa vision et sa démarche pour l’épanouissement de la femme africaine »

De bons conseils auxquels elle ajoute l’importance des réseaux comme Women In Africa (WIA) Initiative. « Le réseau est une clé importante à condition de savoir s’en servir. Il faut l’utiliser comme une plateforme où l’on peut donner et recevoir. Ces outils permettent aux femmes de se donner une voie et une force commune afin d’occuper la place légitimement due sur le plan national et international. Les femmes occupent 70% de l’entrepreneuriat informel. Il est temps de reconvertir ces entrepreneures dans le secteur formel. A travers des plateformes comme WIA Initiative, ou encore Women Entrepreneurship Day (WED), elles peuvent trouver un soutien et des moyens financiers pour s’épanouir économiquement et socialement. WIA Initiative se démarque par sa vision et sa démarche pour l’épanouissement de la femme africaine. »